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« J’ai toujours eu un immense intérêt pour la recherche sur les exoplanètes »

Répondant à une invitation de Willy Benz, Catherine Cesarsky a accepté de faire partie de l’ « Advisory board » du NCCR PlanetS et rejoint ainsi Brian Schmidt et Michel Mayor. Après avoir fait sa scolarité et des études de physique à Buenos Aires, Catherine Cesarsky s’est envolée direction Harvard pour un doctorat sur les rayons cosmiques. Commence alors une longue et riche carrière qui l’amènera à la tête du service d’astrophysique puis de toute la recherche fondamentale du CEA en France puis, de 1999 à 2007 à la direction de l’ESO. Elle a donc été responsable de la construction du VLT, des débuts de celle d’ALMA et du projet de l’ELT. Présidente de l’IAU de 2006 à 2009, Catherine Cesarsky est actuellement présidente du conseil du SKA (Square Kilometer Array), le plus grand réseau de radio télescopes du monde, qui sera construit en partie en Afrique du Sud et en partie en Australie.

Catherine Cesarsky vous n’êtes pas spécialement orientée exoplanètes, comment avez-vous été contactée ?

J’ai reçu un jour un mail de Willy me proposant de faire partie de l’Advisory Board. Je reçois assez souvent ce genre de proposition et je ne les accepte pas toutes, peut-être une sur deux et encore. Mais là, je n’ai pas hésité une seconde, l’idée de travailler avec Michel et Brian m’a beaucoup plu. Par ailleurs, j’ai pas mal d’activités orientées vers le grand public, et j’aime bien y parler d’exoplanètes. Donc quand Willy m’a envoyé le mail j’ai accepté avec enthousiasme.

Catherine Cesarsky pendant l’interview

Vous savez, j’ai fait partie du « visiting committee » de l’ESO en même temps que Michel dans les années 90, alors forcément ça crée des liens, j’ai également beaucoup de sympathie pour son épouse Françoise. A l’époque je m’occupais de l’évolution des galaxies, j’étais PI de la caméra infra-rouge du satellite ISO de l’ESA, c’était un véritable défi, imaginez ,pour la première fois on observait des galaxies infrarouges à z=0,5 (très très loin) ou plus, une révolution ! Brian, lui, était mon hôte lorsque je suis passée par Sydney en tant que directrice de l’ESO, et depuis nous avons eu souvent l’occasion de nous rencontrer et de discuter.

Assez loin des considérations des chasseurs de planètes.

Lorsque j’étais directrice générale de l’ESO j’ai beaucoup cru en HARPS, on l’attendait avec impatience, c’était un instrument incroyable. Un jour, la coupole du télescope de 3.6m s’est mise à mal fonctionner. On la réparait au coup par coup, et ça marchait un moment puis retombait en panne, il faut dire qu’on était en pleine construction du VLT, La Silla avait alors moins d’importance. Et puis un jour j’ai décidé de mettre un maximum de ressources pour réparer la coupole, il fallait que HARPS fonctionne, c’était devenu une priorité. Le système a été bien réparé, rapidement, et HARPS est devenu un des instruments les plus fructueux de l’ESO en termes de résultats scientifiques de premier plan.. Par la suite, en 2010, j’ai été nommée docteur honoris causa de l’Université de Genève, un un grand honneur pour moi.

Vous connaissiez Willy Benz également ?

J’ai souvent vu Willy lorsque j’étais directrice de l’ESO, je trouvais ses travaux sur les exoplanètes très intéressants, en particulier dans le cadre de la préparation de l’ELT.Je l’ai emmené aux USA pour discuter avec la NASA et le NSF de l’avenir de la recherche sur les exoplanètes. Ca a été un flop total, les Américains n’avaient rien préparé et nous sommes rentrés en Europe avec nos projets sous le bras. Puis nous avons été successivement présidents du Space Science Advisory Committee de l’ESA.

Vous êtes à Montreux pour l’assemblée générale de PlanetS, quelles sont vos impressions ?

Je suis arrivée ici sans rien savoir sur le NCCR PlanetS, je n’ai reçu aucun document, donc je n’ai rien préparé. J. Le premier soir,’ai fait le trajet pour me rendre au Casino avec Michel à l’aller et Willy au retour pour qu’ils m’expliquent comment fonctionne le NCCR, quelles sont ses activités et ce qu’ils attendaient plus précisément de moi. J’ai effectivement l’habitude de grandes structures comme la votre et je pense que je pourrai peut-être donner des avis utiles. Pour une première impression ,je trouve que vous êtes bien mieux organisés que je ne pensais et que votre collaboration marche très bien.

Catherine Cesarsky avec Michel Mayor

Vous êtes présidente du conseil de SKA, quelques mots sur SKA ?

C’est un peu comme pour PlanetS , c’est tombé du ciel, mais cette fois c’était par téléphone qu’on m’a proposé d’occuper cette fonction.SKA est actuellement en bonne voie.. un traité international a été signé à Rome en mars 2019 établissant officiellement l’organisation chargée de superviser et d’exploiter SKA.Une « Revue Système » a été passée avec succès en décembre. Reste maintenant aux pays membres du projet à ratifier cet accord, pour le moment seuls les Pays Bas et l’Italie l’ont fait. Une première réunion du Conseil SKA est attendue en milieu d’année 2020. La science que l’on pourra faire avec SKA est incroyablement riche car tous les objets émettent dan le domaine radio. On pourra étudier la réionisation de l’Univers, les ondes gravitationnelles grâce à l’observation des pulsars, les champs magnétiques pour mieux comprendre la formation planétaire et l’évolution des galaxies grâce à la corrélation infra-rouge radio. On pourra observer le processus de formation des planètes, les grosses molécules organiques qui s’y trouvent, et potentiellement des aurores boréales autour d’exo planètes géantes dues à des interactions similaires à celles de Jupiter avec sa lune Io.

La radio c’est nouveau pour vous ?

Oh non pas du tout ! Après mes études de physique à Buenos Aires, j’ai participé à l’installation du premier radiotélescope d’Argentine. Mon professeur avait récupéré un vieux radiotélescope des USA, on a du le reconstruire à La Plata à côté de Buenos Aires pour réaliser des cartes de la distribution galactique de l’hydrogène depuis l’hémisphère sud, en complément des travaux des radio astronomes australiens. Donc SKA , pour moi, c’est un peu un retour aux sources.

 

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