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“Je suis comme l’huile dans le moteur”

Le Conseil de l’Observatoire européen austral (ESO) a élu Willy Benz, professeur à l’Université de Berne, comme prochain président. Le Conseil, composé des délégués des états membres de l’ESO, est l’instance dirigeante de l’organisation et prend les décisions stratégiques en son nom.

Prof. Willy Benz. (Photo Alessandro Della Bella)

PlanetS: Quel sera votre rôle en tant que président du Conseil de l’ESO ?
Willy Benz : En tant que président du Conseil de l’ESO, je serai chargé d’organiser et de présider les réunions du Conseil d’une manière qui permette de prendre les décisions nécessaires. La gestion opérationnelle de l’ESO relève de la responsabilité du directeur général Xavier Barcons. D’une part, je me considère comme un médiateur entre les états membres et, d’autre part, comme une interface entre ceux-ci et l’organisation. On pourrait dire que je suis comme l’huile dans le moteur, dont le rôle est de tout faire fonctionner en douceur. Ce ne sera pas toujours facile, car chaque pays fonctionne différemment. La politique, les règles administratives et la culture diffèrent, mais à la fin, les décisions doivent être soutenues par tous. C’est pourquoi, par exemple, il faut bien réfléchir à la question de savoir à quel moment le processus de prise de décision devra débuter ou quels éléments devront être inclus dans la discussion pour finalement permettre au Conseil de prendre une décision.
Heureusement, j’ai appris en tant que délégué que le Conseil de l’ESO est l’un des conseils internationaux dans lequel non seulement la politique, l’argent ou les intérêts nationaux jouent un rôle, mais où la science est également prise en compte. Les arguments scientifiques sont vraiment entendus et considérés comme des éléments importants dans le processus de décision, ce qui permet réellement un travail constructif.

Vous êtes responsable de la mission CHEOPS, directeur du PRN PlanetS et, en tant que professeur de physique, vous donnez également des cours à l’Université de Berne. Votre nouvelle nomination en tant que président du Conseil de l’ESO implique également une charge de travail additionnelle. Qu’est-ce qui vous a motivé à assumer ce poste supplémentaire ?
En tant que doctorant, j’ai fait des observations à l’Observatoire Austral. Plus tard, j’ai été membre de deux des groupes internationaux qui ont audité l’ESO et, entre temps, j’ai été pendant trois ans président de son comité scientifique et technique. Par conséquent, je connais très bien l’organisation, j’aime travailler avec son personnel et pense que l’observatoire est tout simplement incroyable. Après tout, l’ESO est le premier observatoire au monde.
Je crois que, grâce à l’expérience acquise avec CHEOPS, le PRN PlanetS et en tant qu’ancien directeur de l’Institut de physique de l’Université de Berne, je peux utiliser mes compétences pour faire avancer l’Organisation et même aider à trouver un consensus dans les cas difficiles. Dernier point et pas des moindres, c’est tout simplement un rêve pour un astronome que de participer activement à la construction du plus grand télescope du monde, le Extremely Large Telescope, ELT, qui aura un miroir de 39 mètres de diamètre.

Vous êtes élu Président du Conseil de l’ESO pour une période d’un an à compter du 1er janvier 2018, et vous pourriez être réélu deux fois. Quelles décisions importantes seront prises au cours des prochaines années ?
Le plus grand défi sera de terminer l’ELT d’ici 2024 tel que c’est actuellement prévu. La première pierre a été posée au Chili en mai 2017. Les décisions concernant le choix, par exemple, du constructeur du dôme et la structure principale, et du producteur des principaux éléments du miroir ont déjà été prises. Cependant, de nombreux défis demeurent notamment en ce qui concerne le financement qui n’a pas encore été entièrement sécurisé. De plus, la construction d’un tel télescope implique de nombreux risques de nature technologique et organisationnelle, ce qui pourrait rapidement entraîner des coûts supplémentaires importants. Il sera également nécessaire de développer de nouveaux instruments pour le télescope. Le Conseil doit veiller à ce que les ressources appropriées soient disponibles. Outre les états membres qui ont déjà apporté d’importantes contributions financières, il serait envisageable d’attirer d’autres états ou de concevoir de nouveaux modèles de partenariat dans lesquels, par exemple, des pays non membres de l’ESO ou des instituts construisent un instrument pour l’ELT en échange de temps d’observation. Peut-être que du temps d’observation sur des instruments spécifiques pourrait même être vendu.

Vue d’artiste de l’ELT (Extremely Large Telescope) à Cerro Armazones au Chili. (Image ESO/L. Calçada/ACe Consortium)

La construction du nouveau télescope géant coûtera plus de 1 milliard d’euros. Le projet est-il en danger à cause de problèmes financiers ?
Pour l’astronomie et pour l’ESO, l’ELT est «trop important pour échouer». Naturellement, les astronomes qui ont déjà entendu parler de la révolution scientifique qu’un tel instrument apportera ne veulent pas revenir en arrière. Néanmoins, l’ELT étant le plus grand projet d’astronomie terrestre jamais entrepris, il y a des risques. Une bonne gestion de projet peut minimiser ces risques et des réserves financières suffisantes contribuent à mettre le projet à l’abris des inévitables surprises qui ne manqueront pas durant la phase de construction. Dans ce contexte, il est également important de protéger le reste de l’organisation. Le Very Large Telescope, VLT, est le premier observatoire au monde. L’ELT ne doit pas mettre en péril cette position, et tous les meilleurs ingénieurs et opticiens ne doivent pas détourner leur attention des projets en cours en faveur de l’ELT. C’est là le grand défi : aller de l’avant avec la construction du nouveau télescope géant tout en gardant les installations existantes à leur plus haut niveau.

En tant que Président du Conseil de l’ESO, vous devez être neutre. Cependant, des chercheurs et des entreprises industrielles suisses sont impliqués dans des projets ESO. Pourrait-il y avoir conflit d’intérêts ?
Si conflit il devait y avoir, je prendrais du recul et demanderais à la vice-présidente de prendre le relais. Plus difficile à prévenir est la situation dans laquelle d’autres pensent qu’il y a un conflit d’intérêts, mais qu’en réalité il n’y en a pas. Ces conflits d’intérêts perçus sont néanmoins potentiellement très dommageables et doivent être traités en conséquence. Heureusement, en tant que petit état, la Suisse n’est pas touchée aussi fréquemment par de tels conflits que les autres grands pays.

Avec toutes vos responsabilités, vous ne devez pas être en mesure de trouver beaucoup de temps pour faire votre propre recherche ? Est-ce que ça vous manque de faire de la recherche ?
Je fais encore de la recherche, mais d’une manière différente. C’est vrai qu’aujourd’hui je n’ai pas le temps de tout faire moi-même. Cependant, je travaille avec de nombreux doctorants et postdocs avec lesquels je discute de sujets scientifiques aussi souvent que possible. L’expérience acquise avec l’âge et l’énergie de la jeunesse est toujours un bon cocktail ! De plus, je vois aussi mon rôle aujourd’hui comme celui de quelqu’un qui, avec son expérience et son réseau, peut aider à rendre des projets possibles. En tant que doctorant et postdoc, j’ai bénéficié de l’engagement d’astronomes seniors, c’est à mon tour maintenant de soutenir les plus jeunes. Pour moi, c’est aussi un défi mais je suis heureux de pouvoir apporter une contribution.

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