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On n’y croyait pas

51 peg b a changé notre vision des systèmes planétaires et la vie de Michel Mayor et Didier Queloz, les deux astronomes qui l’ont découverte. « Je croyais qu’il y avait un bug dans le software, tellement ça paraissait incroyable », se souvient Didier Queloz 20 ans plus tard.

Michel Mayor et Didier Queloz à l'ouverture d'une exposition à Mars 2015 (Photo: Philippe Wagneur Musée Genève)

Michel Mayor et Didier Queloz à l’ouverture d’une exposition à Mars 2015 (Photo: Philippe Wagneur Musée Genève)

Est-ce que ça a toujours été un but de découvrir une planète ?

Michel Mayor. Non, je travaillais avec CORAVEL (prédécesseur de ELODIE, le spectro qui a « découvert » 51pegb) sur les propriétés des étoiles doubles. D’ailleurs c’est un papier qui encore aujourd’hui est plus cité que celui de 51pegb. Puis un jour, David Latham m’a demandé de confirmer l’existence d’un objet de 11 Jupiter qui tournait autour de son étoile en 84 jours. On a réussi avec CORAVEL et c’est là où je me suis dit qu’avec un instrument plus perfectionné on devrait arriver à trouver des planètes.
Didier Queloz. Quand j’ai commencé ma thèse, c’était clair, on allait mettre au point un appareil beaucoup plus sensible que CORAVEL. Ce qui nous a décidé de chercher des planètes c’est la mise au point d’une méthode complétement nouvelle, on était pour la première fois capable de mesurer une lampe de calibration (au Thorium) simultanément avec l’étoile. On a pu tout d’un coup atteindre 10 à 15m/s de précision sur les vitesses radiales, ce qui était exceptionnel pour l’époque.

Sensation à la vue de la première courbe ?

MM. Une totale incrédulité. A cette époque j’étais à Hawaï et Didier m’envoyait régulièrement l’évolution de la courbe des mesures. Je demandais alors autour de moi à des spécialistes, qui n’ont montré aucun intérêt. On n’imaginait pas un seul instant une aussi grosse planète aussi près de son étoile.
DQ. Je n’y croyais pas, pour moi il y avait quelque chose qui ne marchait pas dans le soft. J’ai essayé de calculer une orbite mais n’y connaissant rien, ça me donnait des résultats un peu farfelus. Le seul qui m’a cru, alors petit étudiant en thèse, c’est Michel Mayor.

Quand commence t’on à y croire ?

MM. J’ai demandé à Adam Burrows de faire tourner ses modèles pour voir si une telle planète pouvait être stable. Il m’a alors expliqué que jusqu’à 2% de la distance Terre-Soleil c’était possible, or 51pegb était à 5%. J’ai alors pensé qu’on tenait quelque chose d’important.
DQ. On y croyait déjà au printemps 95, mais c’était tellement gros, qu’on a décidé d’attendre la réapparition de l’étoile, c’était pour juillet. Et là oui on y a cru et on a décidé de ne rien dire à personne.

Est-ce qu’il y avait une course à la planète ?

MM. Non pas du tout. On a commencé à avoir quelques doutes fin 1994, mais on n’y croyait pas du tout. Nous avons pris notre temps pour éliminer toutes les possibilités qui aurait pu expliquer nos mesures. Puis nous avons attendu l’été 1995 lorsque devait réapparaître l’étoile pour confirmer les observations.
DQ. Et là on a eu peur. Peur que quelqu’un la trouve car ça paraissait trop facile.

Est-ce que la vie a changé ?

MM. Oui, on a été complétement accaparé par les journalistes. Au début on pensait que ça allait se calmer assez vite. Et bien pas du tout, avec les nouvelles découvertes qui allaient se succéder on a toujours été autant sollicité, et en cette année anniversaire c’est encore plus marqué.
DQ. On a appris à gérer les média, chose qu’on ne savait pas faire. Ma vie n’a pas trop changé, sauf que grâce à Michel Mayor, j’ai appris à faire de la recherche.

51 Peg b, top secret
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